Regards croisés

La mort incite à la fraternité – Tugdual Derville

La peur, la souffrance et la peine provoquées par la mort dans un monde qui la considère avec de moins en moins de familiarité, où les rites de deuil ont pratiquement tous disparu, en ont fait un sujet interdit pour beaucoup. Or la mort est un point commun, un lieu d’expression de la fragilité, de consentement à la vulnérabilité. La mort d’autrui, pas seulement d’un proche, résonne comme un envoi : elle nous incite à donner le meilleur au reste de notre vie. Penser, et parler la mort nécessite une infinie délicatesse, mais cela nous incite tous à vivre de façon plus concentrée, moins trépidante, et donne des forces pour la vie

TUGDUAL DERVILLE, Délégué général d’Alliance VITA

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La mort et le philosophe – Jacques Ricot

La mort en général ne me concerne pas, la mort du proche renvoie à un mystère. Je ne pense pas authentiquement ces morts. Et je ne peux pas davantage penser la mienne, sous peine de me contredire : là où je suis, la mort n’est pas, là où la mort est, je ne suis pas. La logique d’Épicure est impeccable. Mais suffit-il d’être logique pour éliminer la crainte de la mort ? En même temps que l’homme sait qu’il va mourir, sans même savoir ce que c’est que mourir, il sait que son existence est constituée comme finie. Parce que la vie n’est pas indéfinie, parce que les jours sont comptés, ils comptent. L’acceptation de la mort permet alors à l’homme de conquérir intensité et authenticité.

Extrait du livre « Parlons la mort » qui sera présenté jeudi 23 octobre, lors de la conférence de presse national sur la campagne.

JACQUES RICOT, philosophe

Le deuil : l’autre tabou – Tanguy Châtel

L’endeuillé (comme le mourant) a sans doute besoin d’être médicalement soulagé. Il a aussi et surtout besoin d’être entendu, avec l’oreille et le cœur, sans fard ni fanfare. D’un point de vue anthropologique, cette nouvelle conspiration du silence autour de la mort constitue une négation de l’expérience humaine vivante exposée à la finitude et à l’épreuve. D’un point de vue sociologique, elle constitue un fléau social autant que sanitaire.

Extrait du livre « Parlons la mort » qui sera présenté jeudi 23 octobre, lors de la conférence de presse national sur la campagne.

TANGUY CHATEL, sociologue

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Le deuil pour grandir – Anne Davigo

Celui qui a vécu le deuil d’un être cher sait quel chemin il a parcouru depuis l’instant de ce drame. Ou, du moins, il le perçoit plus ou moins consciemment. Nous ne sommes en deuil que si nous avons aimé. Plus nous avons aimé, plus notre deuil sera important – je n’ai pas dit « long », car la longueur existe et varie selon chacun. Plus j’ai aimé une personne, un pays, une expérience, une équipe, etc., plus j’ai investi ma propre personne dans ma relation avec elle, c’est-à-dire mon identité, ma construction identitaire.

Extrait du livre « Parlons la mort » qui sera présenté jeudi 23 octobre, lors de la conférence de presse national sur la campagne.

ANNE DAVIGO, psychothérapeute